Campus IA à Fouju : le projet, en bref
Près de Melun, Campus IA prévoit 11 centres de données en Seine-et-Marne. L’Élysée le présente comme le plus grand campus IA de France. Trois sont autorisés.
Écrit par Florian Bruniaux
Founding Engineer / directeur technique chez Méthode Aristote. J’ai 13 ans d’expérience, de développeur à CTO, et j’ai accompagné la croissance d’équipes d’ingénierie. Je conçois des outils open source pour les développeurs. Découvrez mes autres réalisations.
Campus IA prévoit de construire onze bâtiments de centres de données à Fouju, en Seine-et-Marne. Ces bâtiments réuniront des serveurs, leur alimentation électrique et leur refroidissement pour fournir de la puissance de calcul, notamment à des services d’intelligence artificielle. Le mot « campus » désigne ici un site industriel, pas une école ou une université.

Campus IA est le nom du projet. Campus AI est la société qui le porte. Elle réunit MGX, Bpifrance, Mistral AI et NVIDIA. Fouju compte 655 habitants et se situe au sud-est de Paris.
Le 29 juillet 2026, le préfet de Seine-et-Marne a autorisé DC1, DC2 et DC4. Ces noms désignent trois bâtiments du même projet. Aucun n’est encore en service. Le 28 août, la commune a annoncé le démarrage du chantier de la première phase, avec la clôture du site, les mesures de protection de la biodiversité et la poursuite des travaux archéologiques.
Le projet aujourd’hui
Le dossier environnemental porte sur l’ensemble du campus. Les décisions de juillet 2026 autorisent seulement DC1, DC2 et DC4 à exploiter leurs installations classées. Les huit autres bâtiments devront obtenir leurs propres décisions. Une autorisation ne signifie pas qu’un bâtiment est construit ou en service.
Les documents utilisent plusieurs calendriers. L’étude d’impact distingue trois périodes de construction, tandis que RTE décrit deux paliers de raccordement. Les décisions préfectorales suivent encore un autre rythme, bâtiment par bâtiment. Les réunir sous une seule notion de « phase » donnerait une image fausse du statut du projet.
Taille, puissance et consommation
| Sujet | Chiffre ou engagement | Ce que le dossier établit |
|---|---|---|
| Site | Environ 90 hectares et 11 bâtiments | Projet du campus complet |
| Informatique | 848 MW IT | Équipements étudiés dans le dossier environnemental |
| Réseau | Jusqu’à 1,4 GW | Raccordement maximal prévu avec RTE |
| Électricité | Plus de 10 TWh par an à terme | Prévision, pas consommation mesurée |
| Investissement | Jusqu’à 50 milliards d’euros ; environ 8 à 8,5 milliards pour la première phase | Annonce et estimations du dossier public |
| Autorisations actuelles | DC1, DC2 et DC4 | Trois bâtiments, pas le campus complet |
| Emploi | 500 emplois directs et plus de 1 000 indirects à terme ; environ 1 000 personnes pendant le chantier | Estimations gouvernementales, pas résultats audités |
Les 848 MW d’équipements informatiques et le raccordement maximal de 1,4 GW ne mesurent pas la même chose. Le premier chiffre porte sur les serveurs étudiés dans le dossier environnemental. Le second fixe le plafond du raccordement pour le site et ses systèmes auxiliaires. Aucun des deux ne correspond à une consommation constatée.
Électricité, eau, biodiversité et nuisances
Électricité et carbone
Le dossier prévoit plus de 10 TWh d’électricité par an une fois le campus entièrement déployé. L’étude d’impact estime 38,3 millions de tonnes de CO2 équivalent sur 50 ans, soit une moyenne arithmétique de 0,766 million de tonnes par an, dont 63 % attribuées à l’électricité. L’autorité environnementale demande d’élargir le périmètre du bilan. Ces valeurs décrivent des scénarios. La consommation, le profil de charge, le mix électrique et l’intensité carbone réels ne pourront être établis qu’avec des données d’exploitation.
Eau et refroidissement
Campus AI s’engage à utiliser un refroidissement sec par air pour la première phase et à ne pas prélever d’eau dans la nappe de Champigny pendant l’exploitation. Ce choix réduit une voie de consommation directe sans démontrer une empreinte hydrique nulle pour le chantier, la production électrique, la maintenance ou les phases suivantes. L’engagement devra être comparé à la conception définitive et aux prélèvements mesurés.
Biodiversité
L’inventaire repris par l’autorité environnementale recense 61 espèces d’oiseaux, deux espèces d’amphibiens protégées, neuf espèces de chauves-souris protégées et 140 espèces végétales. Le dossier documente l’état initial et les mesures d’évitement, de réduction et de compensation. Il ne permet pas encore de mesurer leurs effets sur les populations et les habitats après les travaux.
Fluide frigorigène, bruit et air
Le projet prévoit 514,3 tonnes de fluide R-1234ze et modélise environ 15 tonnes de fuite annuelle avec une hypothèse de 3 %. La voie possible de dégradation vers le TFA ne constitue pas la preuve d’une contamination locale mesurée ou d’un effet sanitaire. Le bruit et les émissions des groupes de secours dépendent aussi d’essais et de conditions d’exploitation pour lesquels aucun résultat public n’existe encore.

Chaleur, emplois et retombées locales
Chaleur récupérée
Le droit français et les documents du projet fixent un objectif de récupération de la chaleur fatale. Une livraison utile suppose des clients identifiés, un réseau, des contrats et des températures adaptées. Le dossier public n’établit pas encore qu’une chaleur sera effectivement livrée.
Emplois et retombées locales
Les chiffres d’emploi et de retombées locales sont des projections. Leur audit devra distinguer la phase, le métier, le lieu de résidence, la durée, les achats, les recettes fiscales et les autres dépenses locales.
Ce qui est établi et ce qui manque
Les documents ne donnent pas tous le même niveau d’information. Une autorisation administrative, une promesse du promoteur, une estimation et une mesure d’exploitation ne permettent pas de tirer les mêmes conclusions.
| Statut | Ce qu’il signifie | Ce qu’il ne signifie pas |
|---|---|---|
| Autorisation délivrée | Un élément figure dans une décision administrative. | Il est déjà construit ou en service. |
| Engagement du promoteur | Campus AI ou RTE décrit une conception ou une action future. | Le résultat a été vérifié en exploitation. |
| Estimation modélisée | Un calcul applique des hypothèses à un scénario futur. | La valeur a été mesurée sur le site. |
| Information indisponible | La donnée n’est pas encore publique ou mesurable. | Le résultat futur sera positif ou négatif. |
Avant la mise en service, le dossier public ne permet pas encore d’établir :
- la consommation électrique annuelle mesurée et son intensité carbone heure par heure ;
- la consommation d’eau directe et indirecte définitive ;
- les fuites réelles de fluide, les dépôts de TFA ou un effet sanitaire local ;
- l’évolution de la biodiversité après les mesures prévues ;
- la chaleur livrée et les clients sous contrat ;
- les emplois audités, l’origine des achats et les dépenses locales ;
- les recettes fiscales conservées par chaque collectivité ;
- la répartition définitive des coûts de réseau.
Les pièces principales sont les décisions préfectorales, l’avis d’avril 2026 de l’autorité environnementale, le registre de l’enquête publique, les archives de la concertation CNDP et l’annonce de raccordement de RTE.
Le dossier documentaire sur Campus IA rassemble l’analyse détaillée, les positions des acteurs, les sources et les questions encore ouvertes. Je le mettrai à jour lorsque de nouvelles décisions ou données d’exploitation seront publiées.